Mise en place d'un talk en live streaming

Depuis un peu plus d'un mois, nous proposons les Talks par BeeMyDesk : un format de conférences en ligne qui permet à nos meilleurs experts de s'exprimer sur des thématiques ciblées pour les entrepreneurs. Comment avons-nous mis cela en place techniquement ? Quels logiciels, matériels utilisons-nous ? Nous vous proposons de le découvrir !

Les webinaires et autres conférences en ligne sont de plus en plus nombreux, particulièrement depuis le début du confinement. Généralement organisés sur des logiciels de visioconférences comme Zoom, nous souhaitions nous démarquer en proposant un format plus proche d’une conférence, un peu à la façon de TED (oui, sacrée ambition !) : un speaker mis en valeur, traité comme un invité de marque, dont la conférence pourrait être visionnée par plusieurs centaines de participants en même temps.

Cela écarte donc d’office tous les logiciels de visioconférences qui sont limités dans leur nombre de participants et ne mettent pas un participant particulièrement en valeur. Vers quoi se tourner alors ? Il se trouve qu’un secteur est particulièrement en avance sur ces questions de diffusion live : le jeu-vidéo. En effet, des plateformes comme Twitch accueillent chaque jour des millions de spectateurs, analysant et applaudissant les skills des joueurs les plus en vogue sur Fortnite, League of Legends ou encore Overwatch.

Face à ce marché en pleine expansion, de nombreuses entreprises se sont lancées sur ce créneau, proposant des technologies et logiciels très accessibles pour pouvoir lancer son propre stream de joueur. Une aubaine pour BeeMyDesk !

Choix de la plateforme de diffusion

Plusieurs plateformes proposent aujourd’hui de diffuser de la vidéo en direct. Nous avons éliminé d’office Twitch, qui est orienté essentiellement vers le jeu-vidéo ainsi que Facebook et Instagram, pas suffisamment business. LinkedIn est actuellement en train de déployer sa solution petit à petit, mais nous n’avons pas encore la chance d’être sélectionnés.

Notre choix s’est donc naturellement porté sur YouTube : un acteur majeur, connu du grand public et qui ne nécessite pas de compte pour regarder les vidéos. De plus, il est possible de proposer les replays immédiatement après la fin de la diffusion, directement sur la chaine.

Logiciel de streaming

Une fois la plateforme sélectionnée, il faut ensuite s’intéresser au logiciel pour produire le contenu en lui-même. On parle d’encodeur logiciel. YouTube propose bien un outil intégré, mais il se cantonne à diffuser la webcam, ce qui est largement insuffisant pour notre besoin. La contrainte dans notre cas est qu’il nous fallait un logiciel capable d’intégrer un intervenant lui-même à distance.

On peut distinguer deux catégories de logiciels : les logiciels traditionnels à installer sur son ordinateur ou les services en ligne accessibles depuis le navigateur. La seconde catégorie est souvent plus moderne et plus accessible aux novices (ce que nous étions !), c’est pourquoi nous avons d’abord opté pour l’un de ces services en ligne.

Premières armes avec un service en ligne

Nous en avons essayé deux : Stage Ten et Lightstream Studio. Tous deux étaient effectivement très facile d’accès et nous ont permis de lancer un live très rapidement sur YouTube. Après plusieurs essais, nous avons finalement adopté Lightstream Studio, car il permettait plus simplement d’intégrer le partage d’écran, indispensable pour nos speakers qui souhaitent passer un slide pendant leur intervention.

Nous avons réalisé nos trois premiers talks à l’aide de Lightstream Studio. Malheureusement, à l’issue de ceux-ci, le bilan n’était pas satisfaisant :

  1. Les essais que nous faisions avec nos intervenants prenaient beaucoup de temps, car nous rencontrions beaucoup de problèmes de compatibilité en fonction du navigateur, du système d’exploitation, qui étaient parfois difficiles à résoudre.
  2. Pendant le live, nous devions faire très attention à ce que nous faisions, au risque de lancer un autre plan ou de casser quelque chose. Globalement, l’équilibre semblait fragile et le moindre faux pas pouvait tout faire s’écrouler.
  3. Pendant notre premier talk, nous n’avons malheureusement pas pu avoir le retour caméra de Jean Pouly, alors que cela fonctionnait parfaitement pendant les tests.
  4. Lors de notre troisième talk avec Jean-François Fontana, le logiciel refusait carrément de lancer le live sur YouTube. Nous avons dû nous résoudre à passer sur un live Facebook en dernière minute.

Au bout de trois talks, nous avons donc décidé que cette solution ne répondait pas à nos attentes en termes de qualité et de fiabilité.

On s’élève d’un cran !

Même si le bilan était un peu sombre, cela nous a tout de même permis de monter en compétences et d’avoir les idées plus claires sur notre organisation.

Premièrement, afin de ne pas perdre trop de temps en tests avec nos intervenants et limiter au maximum les problèmes techniques, il fallait que l’on puisse les contacter via des solutions connues de tous et éprouvées. En cherchant un peu, nous avons découvert l’existence de la technologie NDI. Pour simplifier, il s’agit d’un protocole de communication permettant de faire passer un flux audio/vidéo sur un réseau local. Et par chance, Skype est compatible NDI ; ce qui signifie qu’il offre un accès via ce protocole au flux vidéo d’un correspondant. Bien qu’un peu passé de mode face à Zoom ou Microsoft Teams, Skype reste un logiciel connu de tous et largement utilisé. Cela répondait donc à notre premier besoin. Premier critère donc : un encodeur logiciel compatible NDI.

La technique du NDI est la plus efficace pour intégrer un appel visioconférence dans un flux live. Si vous regardez l’émission de cuisine en direct de Cyril Lignac “Tous en cuisine” sur M6, vous remarquerez que les familles sont contactées via Skype 😉

Deuxièmement, nous avions besoin d’un logiciel robuste qui ne chamboule pas tout le live au moindre clic malheureux. Si en plus il permettait d’aller plus loin dans la mise en scène et les possibilités, c’était encore mieux.

Ces prérequis nous ont laissé trois choix : Open Broadcaster Software, XSplit Broadcaster et Wirecast. Utilisant un Mac, nous avons opté pour Wirecast.

Alors bien sûr, la prise en main a été un peu plus complexe mais, au bout de 25 talks, nous n’avons eu à subir aucun problème majeur. Les tests avec nos intervenants ont été réduits à moins de 5 minutes en moyenne avec une procédure simplissime : appelez-moi sur Skype. C’est tout.

Matériel

La partie logicielle est essentielle, mais le matériel n’est pas à négliger. Il faut bien avoir en tête qu’encoder un flux vidéo en direct demande beaucoup de ressources. C’est pourquoi il est fortement recommandé d’avoir un ordinateur avec une carte graphique dédiée, qui est un composant conçu pour les tâches comme l’encodage vidéo. Sans cela, la vidéo risque d’être saccadée.

Deuxièmement, une connexion fibre (ou une très bonne VDSL) semble indispensable. Le problème de l’ADSL est que les vitesses en envoi de données (upload) sont extrêmement lentes. Or, ici, l’upload est essentiel puisque vous devez envoyer un flux vidéo en direct, dans une qualité correcte. Sans compter qu’il faut aussi prendre en compte la connexion Skype avec le speaker qui elle aussi va prendre sa part de bande passante.

Toujours concernant la connexion, privilégiez l’utilisation d’un câble Ethernet au lieu du Wi-Fi. Pourquoi ? Le Wi-Fi peut être perturbé par énormément de facteurs et votre débit peut varier considérablement d’un moment à l’autre. Si cela n’a pas d’incidence lors d’une utilisation internet “normale”, cela en a lors d’une diffusion live qui a besoin d’un lien stable. De plus, vous pourrez profiter de la véritable puissance de ce que votre connexion a à offrir. C’est particulièrement impressionnant sur une connexion fibre :

Test de connexion en Wi-Fi

Vitesse connexion Wi-Fi

Test de connexion en câblé

Vitesse connexion câblée

À ce sujet, veillez également à la catégorie de vos câbles Ethernet. En effet, cette catégorie indique le débit maximum que le câble est capable de supporter. Pour une connexion 1 Gigabit, il faut des câbles de catégorie 6 minimum (même si a priori, c’est devenu la norme).

On ne néglige pas les tests

Peut-être que cela va sembler évident, mais on ne le rappellera jamais assez : faites des tests !

Avant de lancer votre premier live, il est essentiel de bien tester votre logiciel, de voir l’effet de telle ou telle fonctionnalité. Mon conseil : avoir à côté de son ordinateur sa tablette ou son smartphone avec le live ouvert pour vérifier que le son et l’image fonctionnent correctement.

De la même manière, nous ne coupons jamais à un essai avec nos intervenants avant le jour de leur talk. Même si un appel Skype semble une formalité, l’expérience nous a montré que cela permet d’éviter beaucoup de problèmes le jour J (configuration du micro, positionnement dans la pièce, etc.). C’est encore plus vrai si l’intervenant souhaite partager son écran.

C’est là aussi que vous pourrez constater la qualité de connexion de votre interlocuteur et voir avec lui s’il est possible de l’améliorer si elle n’est pas satisfaisante : utilisation d’un câble (cf. le point précédent) ? Se rapprocher du Wi-Fi ? Utiliser une connexion 4G, parfois meilleure que de l’ADSL ?

Les aléas du direct

Malgré le meilleur logiciel, le meilleur matériel et des tests exhaustifs, les professionnels du spectacle le savent : les problèmes arrivent. Vous rencontrerez forcément des problèmes à un moment ou un autre. Mais show must go on : soyez prêts à y faire face. C’est avec l’expérience que vous apprendrez à les gérer, mais voici quelques conseils tout de même :

  • Restez calme. C’est facile à dire quand 200 personnes vous regardent et que tout s’écroule, mais c’est en gardant les idées claires que vous trouverez des solutions.
  • Annoncez clairement à votre auditoire qu’il y a un problème. Inutile de cacher la vérité, les spectateurs ont probablement déjà remarqué que quelque chose cloche. D’une part, cela vous permettra de diminuer la pression et d’autre part cela rassurera le public que vous êtes conscient du problème et que vous allez faire quelque chose. Vous constaterez aussi que les gens sont extrêmement bienveillants et pardonneront ces problèmes techniques.
  • À l’issue du live, réalisez un post-mortem : comprenez le problème, les raisons de sa provenance et notez les étapes qui vous ont permis de le résoudre.

Malgré tout, il y aura peut-être des fois où vous ne serez pas en mesure d’assurer votre direct. Personne n’est à l’abri d’un technicien opérateur peu scrupuleux qui débranche votre arrivée fibre optique dans les sous-sols de votre immeuble (oui, c’est du vécu !). Dans ces cas-là, il est encore une fois essentiel de communiquer avec votre public pour expliquer le problème et annoncer l’annulation.

On air !

Voilà nos conseils pour mettre en place un live fonctionnel. Bien sûr, nous n’avons évoqué que la partie purement technique de l’opération. L’essentiel évidemment reste le contenu que vous allez proposer et le style que vous allez donner à votre émission. À vous de jouer !