Gestion du stress en période de crise : les bonnes pratiques

Nous réagissons tous différemment au stress. Pourtant, s’il est souvent perçu comme négatif, on peut transformer ce « mauvais » stress en « bon » stress. Alors quelles pratiques font la différence ? Max Hayter, fondateur de la société Maximise, qui se consacre au développement du potentiel de ses clients, nous fait part de son expérience et fournit ses astuces pour mieux gérer son stress, en particulier en cette période de Covid-19.

Après 25 ans de carrière au cinéma, à la télévision et au théâtre, formateur pour de grands groupes (L’Oréal, Airbus, Peugeot, Vinci…), coach pour le Positive Economy Forum avec Jacques Attali, nous avons le plaisir de compter Max Hayter parmi nos experts BeeMyDesk. Et autant dire qu’il a beaucoup à partager.

Le télétravail devait permettre d’avoir plus de temps pour soi. Pourtant, la question du stress au travail n’a jamais été autant abordée. Comment interprétez-vous ce phénomène ?

C’est vrai que cela peut sembler paradoxal : le fait de ne pas être dans les transports devait libérer du temps mais c’est finalement l’inverse qui se produit. Je pense que c’est principalement dû à la difficulté d’établir un cadre de travail suffisamment clair.

J’identifie trois enjeux majeurs :

- Premièrement, la difficulté à dissocier sa vie personnelle de sa vie professionnelle. Notre lieu de vie est devenu notre lieu de travail, ce qui est nouveau pour nombre d’entre nous. Certains éprouvent une réelle difficulté à faire la séparation entre ces deux sphères, ce qui induit des tensions. Le stress se déclenche à partir du moment où cette dissociation n'est pas prise en compte et une stratégie définie.

- Deuxièmement, l’impossibilité de se retrouver autour de la machine à café par exemple. Ces moments d’échanges sont d’une extrême importance en termes de bien-être des salariés et de productivité de l’entreprise : ils permettent le vivre ensemble, les échanges, un sentiment d’appartenance et de cohésion.

- Troisièmement, le manque d’impact des managers et toute la frustration qui peut en découler. N’ayant plus leur équipe sous la main, beaucoup de managers ou d’entreprises peuvent être tentés d’adopter un management plus brutal (ou plus « directif », selon comment on voit les choses) : augmentation de la charge de travail, moins de pause, plus de pression, chantage (« par les temps qui courent, soit heureux.se d’avoir un travail »), etc.

Pour le meilleur ou pour le pire, nous sommes des animaux sociaux : nous avons besoin de créer du lien, de trouver un sens à ce que nous faisons, à ce que nous sommes. On voit donc bien les difficultés que présente cette situation de pandémie par rapport au stress : sentiment d’isolement, perte de repère, colère rentrée, négativité (à quoi bon ?)…

De nombreux spécialistes s’accordent pour définir le stress comme tout stimulus extérieur qui met en danger notre homéostasie, c’est-à-dire l’équilibre normal de nos fonctions corporelles. Dans une situation stressante, donc, nous « subissons », nous n’avons pas d’autre choix que de subir. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’à ce niveau là, nous avons été servis depuis un an ! Si nous ne sommes pas acteur de notre vie, le stress intervient inévitablement.

Il nous faut bien garder à l’esprit qu’en temps normal, un professionnel n’est pas supposé se laisser déborder. Le stress, avec la perte de contrôle qu’il induit, se doit, si l’on se considère professionnel, d’être exploré, compris et intégré, quitte à se faire accompagner.

On a tendance à voir le stress comme un élément négatif. Selon vous, y a-t-il du « bon » stress et du « mauvais » stress ?

C’est une très bonne question ! Personnellement j’ai énormément exploré le stress dans ma carrière de comédien : le trac, la peur de décevoir, atteindre des objectifs élevés, s’obliger à être bon, ne pas être bon (et le savoir, ce qui a été pour moi plus difficile encore). J’ai donc énormément appris avec le stress. Mais je l’ai utilisé comme un outil, ce n’a jamais été quelque chose de constant, mais quelque chose qui me permettait de me sublimer, de dépasser mes propres limites. Ceci m’a été bien utile dans l’accompagnement des dirigeants, entre autres lors de leurs prises de parole en public.

Il s’agit donc de distinguer ce qui est un stress aigu et un stress constant, en particulier un stress psychologique constant.

Le stress est positif. C’est notre capacité d’adaptation. S’il n’y avait pas de stress, nous n’aurions pas les capacités à nous adapter, à prendre en compte les dangers.

En revanche, si le stress n’est pas cadré, si on est systématiquement en train de subir des stimulations extérieures, c’est là qu’il devient problématique, car il y a sur-adaptation. De nombreux professionnels du milieu médical s’accordent d’ailleurs à dire que 70% des maladies sont aggravées par le stress. Le stress doit être un état ponctuel, pas constant. Or, pour 70% des personnes, c’est un état récurrent (particulièrement en ville, ce qui explique l’exode vers la campagne que l’on observe actuellement), et la Covid-19 n’a fait qu’amplifier ce qui existait déjà.

Beaucoup de gens ont développé une forme d'addiction inconsciente à l'anxiété et au stress. Ces états prévus pour être ponctuels sont devenus l'état normal : c'est très problématique et cela a des conséquences fâcheuses sur soi et sur son entourage. Le climat de grande incertitude que nous vivons tous a malheureusement amplifié ce phénomène.

Pour rappel : l’état normal, c’est la sérénité, se sentir bien et se dire que les choses vont bien se passer !

Encore une fois, il s’agit de mettre en place une stratégie. Si vous laissez les choses se faire, les chances que vous soyez « contaminés » par le stress ambiant sont très élevées.

Faire du sport, s’accorder des pauses, soigner son sommeil… Nombreux sont les conseils classiques, qui s’appliquent également à l’hygiène de vie. Quelles sont, pour vous, les pratiques qui font la différence ? 

Avant de parler de pratiques, j’évoquerais la notion de présence : plus vous serez dans le moment présent, moins vous serez stressé. Or, 90% des gens (moi compris !) ont tendance à être dans le passé ou le futur. 

Vivre le moment pleinement ne signifie pas que l’on n’expérimente pas le stress, mais dans ces conditions, il reste gérable. 

Le facteur différenciant est le mental : notre tête nous ramène vers des informations erronées (ou pour le moins biaisées) alors que le corps, lui, réagit de manière beaucoup plus objective. 

Toutes les activités qui augmentent les sensations corporelles auront donc tendance à être positives : marche à pied (marcher en forêt est un de mes passe temps préféré), méditation, relaxation (accompagné ou seul), tai-chi, yoga, arts martiaux et le sport en général (en ce qui concerne la gestion du stress, privilégiez un sport qui met en avant l’observation et l’écoute plutôt que la compétition). C’est grâce à elles que nous pourrons évacuer ce surplus de stress.

Il existe évidemment de nombreuses techniques pour explorer une relation positive à soi-même. A titre personnel, je fais du yoga, je médite, je prends du temps tous les jours (ou au minimum 2 fois par semaine) pour faire une activité que j’aime faire. Ce faisant, j’envoie à mon subconscient l’information que mon équilibre intérieur est une priorité. Au fur et à mesure, un état stable, plus ou moins positif et fonctionnel, devient la norme.

Dans l’avion, lorsqu’il y a une dépressurisation de la cabine, l’hôtesse de l’air nous dit de mettre le masque sur nous avant de le mettre sur notre enfant. Comment aider qui que se soit si l’on est asphyxié ?

Apprenez à vous faire confiance, apprenez à savoir ce qui est bon pour vous.

Positivité et information correcte : c’est tout ce qui nous sera utile !

Demandez-vous ce qui vous fera du bien, quelle personne vous souhaitez être, évaluez vos priorités. 

Pour résumer, mon expérience du stress m’a permis de découvrir des choses sur moi, d’être “à fond” sur le moment. Avec le temps et l’âge, j’espère avoir appris à faire les choses de manière plus fluide, plus décontractée. Une chose est sûre, je me mets beaucoup moins de pression qu’avant et c’est bien agréable !

Pour conclure, si vous me le permettez, j’aimerais insister sur la notion de relation à soi : apprendre à devenir son meilleur ami, ou du moins un bon pote ou une bonne copine. J’ai pu constater que ceux qui se traitent avec douceur et considération sont l’exception plutôt que la règle. Quelle aubaine pour le stress !

Chaque individu est unique et c’est ce qui rend mon travail d’accompagnement si passionnant. L’écueil est de penser que l’on sait et d’affirmer “voici la réponse”. Ceux qui naviguent le mieux sont ceux qui arrivent à fonctionner avec harmonie.